Les femmes et la philosophie : une reconnaissance tardive

25/02/2025


Depuis l'Antiquité, l'existence de femmes philosophes a été reconnue, mais une grande partie de leur héritage n'a été que peu étudiée jusqu'à nos jours.

Des témoignages attestent de la présence de femmes philosophes dès la Grèce antique, bien qu'un nombre relativement restreint d'entre elles ait été considérées comme telles aux époques antique, médiévale, moderne et contemporaine. Ce n'est que durant les XXe et XXIe siècles que l'on observe une reconnaissance accrue, bien que très peu de femmes aient intégré le canon philosophique occidental.

La relation entre les femmes et la philosophie a longtemps été un sujet tabou. Selon certaines études, plusieurs philosophes occidentaux ont attribué à l'homme un caractère rationnel, tandis qu'ils associaient à la femme un potentiel plus émotionnel et intuitif. Cette opinion était partagée par Aristote, Thomas d'Aquin, Rousseau, Hegel, Schopenhauer et Nietzsche.

Dans la philosophie antique occidentale, bien que l'enseignement académique fût dominé par des figures masculines comme Platon et Aristote, certaines femmes philosophes ont également marqué cette période, notamment Hipparchia de Maronée (active vers 325 av. J.-C.), Arété de Cyrène (active entre les Ve et IVe siècles av. J.-C.) et Aspasie de Milet (470-400 av. J.-C.). Au Moyen Âge, une figure notable fut Hypatie d'Alexandrie (Ve siècle). Parmi les philosophes modernes, Mary Wollstonecraft (1759-1797) et Margaret Fuller (1810-1850) se sont distinguées. À l'époque contemporaine, des philosophes influentes telles qu'Ayn Rand (1905-1982), Susanne Langer (1895-1985), Hannah Arendt (1906-1975), Simone de Beauvoir (1908-1986), María Zambrano (1904-1991), Mary Midgley (1919-2018), Mary Warnock (1924-2019), Celia Amorós (née en 1944), Julia Kristeva (née en 1941), Patricia Churchland (née en 1943), Susan Haack (née en 1945) et Amelia Valcárcel (née en 1950) ont marqué la discipline.



Au début du XIXe siècle, certaines universités du Royaume-Uni et des États-Unis ont commencé à admettre les femmes, ce qui a permis l'émergence de nouvelles générations d'universitaires féminines. Toutefois, des recherches menées par le Département de l'éducation des États-Unis à la fin des années 1990 ont révélé que la philosophie restait l'un des domaines des sciences humaines où les inégalités de genre étaient les plus marquées.

Aspasie de Milet, maître en rhétorique et logographe, exerça une influence notable sur la vie culturelle et politique d'Athènes à l'époque de Périclès (vers 470-400 av. J.-C.).

Bien que des femmes aient pratiqué la philosophie dès les premiers temps et que certaines aient été reconnues comme philosophes de leur vivant, très peu d'entre elles ont été intégrées au canon philosophique occidental. L'étude de l'histoire de la philosophie se heurte ainsi à deux problèmes majeurs : d'une part, l'exclusion des femmes philosophes des textes historiques et philosophiques, ce qui entraîne un manque de connaissance sur leur existence parmi les étudiants en philosophie ; d'autre part, les conceptions des philosophes canoniques eux-mêmes sur la nature de la philosophie et la place des femmes en son sein.

Aujourd'hui, la reconnaissance des femmes philosophes progresse peu à peu, grâce aux recherches historiques qui visent à réhabiliter leurs contributions intellectuelles. Cependant, leur place dans le domaine reste encore marginale, et de nombreux travaux restent à mener pour inscrire durablement leur pensée dans l'histoire de la philosophie. Leur redécouverte ne constitue pas seulement une question de reconnaissance, mais aussi une opportunité d'enrichir les perspectives philosophiques en intégrant des voix longtemps laissées dans l'ombre.